samedi 3 avril 2010

Un satellite de la planète rouge vu de près par Mars express


Puisqu’on ne retournera pas sur la Lune de sitôt – au grand dam de certains parlementaires américains et des anciens d’Apollo –, l’homme braque son regard vers une lune de la planète Mars.

Des clichés remarquables de l’un des satellites naturels de Mars, Phobos, nous sont parvenus dimanche. Ils ont été pris par la sonde Mars express de l’ESA, envoyée en 2005.

Ce petit satellite à la forme irrégulière a été photographié avec une précision inédite. Les clichés permettront de déterminer le site d’atterrissage d’une sonde russe Phobos-Grunt prévue pour 2010. Elle aura pour mission, entre autres, de prélever 200 grammes du sol de Phobos et les rapporter sur Terre.

Ce satellite naturel de la planète Mars a des similitudes avec notre Lune, et n’en déplaise à Pink Floyd, il possède aussi une face cachée. L’essentiel des satellites en orbite autour d’un astre très massive finissent par ne plus lui montrer qu’un côté. C’est ce qu’on appelle une rotation synchrone : les périodes de révolution et de rotation sont égales.

Les effets de marée, à cause de la non uniformité de la force gravitationnelle, déforment le satellite et lui donnent une forme aplatie. La force de marée agit sur le bourrelet formé et applique un couple freinant la rotation du satellite. Sur une grande échelle de temps, le système atteint une position d’équilibre lorsqu’il tourne sur lui même en même temps qu’il fait un tour de la planète qui l’attire. Il ne peut plus être ralenti, c’est pour cette raison que la Lune nous montre toujours la même face.

L’interaction entre la Terre et la Lune a freiné cette dernière dans sa rotation. Elle n’a pas pu résister longtemps, vu sa faible masse. Mais l’inverse est également vrai ! La Lune freine la Terre, certes dans des proportions moindres mais non sans conséquences. Dans se manège la période de rotation de la Terre a changé. Il y a 300 millions d’années, un an se décomposait en 400 jours de 22 heures. On estime actuellement, grâce aux horloges atomiques, que la durée du jour est modifiée de 2 millisecondes par siècle.

Les chiens seraient originaires du Proche-Orient


Les chiens seraient originaires du Proche-Orient et non d'Europe ou d'Asie, selon une étude publiée mercredi 17 mars, qui montre aussi comment une grande diversité peut exister entre les différentes races de chiens malgré un éventail génétique limité au départ.

"Les chiens semblent partager davantage de similitudes génétiques avec les loups gris du Proche-Orient qu'avec n'importe quelle autre population de loups dans le monde", résume Robert Wayne, de l'Université de Californie, qui a dirigé cette nouvelle analyse génétique à grande échelle. La majeure proportion de l'héritage ancestral des chiens modernes est due à des loups du Proche-Orient, ce qui "conforte l'hypothèse que les chiens sont originaires du Proche-Orient", ajoute M. Wayne dans un communiqué publié par l'université.

Des recherches génétiques antérieures, fondées seulement sur une petite fraction d'ADN mitochondrial, celui propre aux centrales à énergie des cellules, avaient suggéré une origine est-asiatique des chiens. La nouvelle étude, concernant 912 chiens de 85 races et 225 loups gris (Canis lupus, l'ancêtre du chien domestique), a permis d'analyser plus de 48 000 marqueurs répartis sur la totalité du génome. Selon le professeur Wayne, 80 % des races de chiens sont des races modernes qui ont évolué au cours des derniers siècles. D'autres races ont une histoire plus ancienne.

Les chiens du Proche-Orient étaient déjà associés à l'homme, comme en témoigne la découverte d'un chiot dans les bras d'un homme dans un site mortuaire. Des traces archéologiques datant de 12 000 à 13 000 ans attestent de leur existence au Proche-Orient à cette époque, même si des restes plus anciens de chiens ont été retrouvés en Belgique et en Russie.

Au-delà de l'apport génétique dû aux loups du Proche-Orient, une reproduction interespèces plus récente entre chiens et populations locales de loups a pu contribuer à l'histoire récente de certaines lignées canines, selon Bridgett von Holdt, principale auteure de l'étude. L'évolution des races de chiens modernes a "permis de créer une remarquable diversité" malgré une "boîte à outils" génétique limitée, souligne-t-elle.

Importante fuite de méthane de l'océan Arctique dans l'atmosphère


Le fond de l'océan Arctique libère du méthane, un puissant gaz à effet de serre, à un rythme plus élevé que ne le pensaient les experts, ce qui pourrait aggraver le réchauffement climatique, selon une étude publiée jeudi dans la revue Science.

"Cette découverte met en évidence une source de méthane importante mais jusqu'ici négligée provenant du permafrost [le sol gelé en permanence] situé sous l'eau, plutôt que sous les terres", écrivent les auteurs de l'étude, qui soulignent que "ces émissions risquent d'avoir à l'avenir un effet dramatique sur le réchauffement climatique".

Cette équipe de recherche internationale a étudié entre 2003 et 2008 les eaux du plateau arctique de Sibérie orientale, qui couvrent plus de 2 millions de kilomètres carrés dans l'océan Arctique. De précédentes études effectuées en Sibérie s'étaient plutôt concentrées sur le méthane s'échappant sous l'effet du dégel du permafrost situé sur le continent.

Les scientifiques ont en effet longtemps considéré que le permafrost situé sous l'océan Arctique constituait une barrière infranchissable pour le méthane, un gaz dont l'effet de serre est trente fois supérieur à celui du CO2. Mais les observations de l'équipe de l'université de Fairbanks montrent que le permafrost sous-marin est perforé et laisse échapper de grandes quantités de méthane.

Sur l'île de Ré, Loix reprend ses esprits après le passage de Xynthia


Envoyé spécial Loix, île de Ré

Loix est un village auquel on accède par une route bordée de marais asséchés au Moyen Age. Lorsque la tempête Xynthia a frappé le village, situé sur l'île de Ré, Loix est redevenue, pendant deux jours, une île. Trois heures après la submersion, "les premiers pompiers arrivaient dans leur Zodiac" raconte le maire divers-droite Lionel Quillet qui a la mine d'un homme qui n'a dormi que quelques heures lors des cinq dernières nuits.

"L'eau a été polie, plaisante son adjoint, Patrick Boussaton, elle s'est arrêtée au panneau Loix" et n'est pas allée jusqu'au cœur du village qui compte entre 700 et 800 habitants. La preuve, pour un promeneur à bicyclette croisé sur la route, que les "anciens n'avaient pas tout à fait tort" en concentrant leurs logements dans le centre du village, au plus loin des eaux, certes domestiquées, mais que l'on sait dangereuses. L'homme sourit presque en photographiant un voilier éventré gisant sur ce qui fut une piste cyclable. "On a oublié que la mer, les fleuves et les montagnes restaient dangereuses", déplore-t-il. Une rengaine entendue bien des fois sur l'île de Ré.

"DE MÉMOIRE D'HOMME, ON NE CONNAISSAIT PAS ÇA"

A Loix, personne n'a péri sous les eaux, même si le maire et son adjoint avouent qu'il s'en est fallu de peu. Passés le "choc terrible et la stupéfaction", les îliens ont "chaussé leur bottes" et sont partis faire le tour des maisons. Celles qui ont été inondées se trouvaient dans une "zone submersible, mais constructible", explique l'adjoint au maire, en précisant immédiatement que "cela n'était jamais arrivé" auparavant. "De mémoire d'homme, on ne connaissait pas ça", confirme M. Quillet.

Sur l'île de Ré, l'urbanisme n'a pas connu les excès de la côte vendéenne. La majorité des terrains de l'île ont été classés en zone protégée, une disposition qui a mis les maires par la même occasion à l'abri d'une trop grande pression de leurs administrés. "Quand bien même un maire aurait voulu accéder à une telle demande, il n'aurait rien pu faire, seul un arrêté ministériel aurait permis de rendre constructibles ces terrains", explique l'édile. La plupart des nouvelles habitations ont donc été établies dans les limites anciennes, densifiant le centre sans que leurs occupants ne courent le risque de finir les pieds dans l'eau.

Toutes les personnes sinistrées – entre 60 et 80 personnes – ont été accueillies dans les mobil-home du camping municipal. "Dès dimanche après midi, tout le monde était au sec et au chaud", se réjouit M. Quillet qui est également président de la communauté de communes de l'île. Depuis toutes ont été relogées dans des maisons inoccupées l'hiver. De fait, le camping est vide. Devant l'une des maisons encore submergées, une dame regarde les pompiers à l'œuvre. C'est sa maison qui est inondée. Elle vit désormais chez des amis qui vivent à l'année sur le continent. Elle n'en dira pas plus, mécontente de son passage à la télévision deux jours plus tôt.

"ON A CRU QUE LOIX N'EXISTAIT PLUS"

Cinq jours après la tempête, règne une ambiance étrange, mélange d'animation et de torpeur, dans cette commune que l'on imagine hyperactive en saison. Nombreux sont les estivants qui sont venus constater les dégâts par eux-mêmes. Croisés en bordure d'un champ d'oliviers – "du folklore ou un pari sur le réchauffement climatique" pour un agriculteur réthais –, un couple de Franciliens photographie l'eau qui arrive à mi-hauteur du tronc noueux des pauvres arbres. Ils sont soulagés, l'eau s'est arrêtée au muret qui jouxte leur maison. Au café, même constat pour un couple d'Anglais qui se réjouissent que leur villa n'ait rien. "En écoutant les informations anglaises, on a cru que Loix n'existait plus", note Monsieur dans un français impeccable.

Le village est traversé en permanence par des camions-bennes transportant pierres, sable ou gravats. Sur ce qu'il reste des digues, les engins s'affairent à colmater les brèches ou à reconstruire ce que la mer a balayé en une nuit. Derrière l'une d'elles, un homme venu de Toulouse constate les dégâts sur son matériel qu'il loue à une ferme d'aquaculture. La ferme est dévastée. Les hangars ont été déchiquetés, un tracteur est immergé aux trois quarts et une citerne d'oxygène destinée aux milliers de jeunes poissons, désormais morts, gît à cinq cents mètres de là où elle était arrimée.

A l'heure du déjeuner, le café du village est bondé. "Le repos des braves", rigole un des pompiers attablés avec une vingtaine de ses compagnons. L'ambiance est joviale même si la tempête est sur toutes les lèvres. Un habitué plaisante avec le patron et le félicite pour ses "affaires qui marchent bien pour un mois de mars". Cela ne le fait pas rire. Il sait qu'il a "perdu bien plus qu'il n'a gagné".

La lutte contre la mortalité maternelle ne progresse pas


A cinq ans du rendez-vous fixé par les Nations unies (ONU) pour remplir les Objectifs du millénaire, plusieurs organisations non gouvernementales (ONG) s'alarment au sujet de la question de la santé maternelle. Si l'ONU s'était engagée, en 2000, à "réduire de trois quarts le taux de mortalité maternelle" en 2015 dans le monde et à "rendre l'accès à la médecine procréative universel", les progrès enregistrés sont proches du néant.

"Une femme dans le monde meurt chaque minute à cause de complications liées à la grossesse ou à l'accouchement", rappelle Oxfam France, porte-drapeau d'une campagne qui doit être lancée, vendredi 12 mars, contre cette "non-assistance à mère en danger" et associe Médecins du monde, Action for Global Health et Avocats pour la santé dans le monde. Sur 530 000 décès annuels de femmes pendant leur grossesse ou à l'accouchement, la moitié ont lieu en Afrique subsaharienne et un tiers en Asie du Sud.

Les moyens accordés à la planification familiale ne progressent pas davantage. En Afrique subsaharienne, 20 % des femmes qui le souhaitent n'auraient pas accès à la contraception, un pourcentage sous-estimé selon les experts. La planification familiale peut pourtant agir directement sur le taux de mortalité maternelle dans les pays en développement : selon une étude du ministère de la coopération britannique, "32 % des décès maternels pourraient être évités grâce à l'accès à des moyens de contraception modernes", en évitant les grossesses trop précoces et trop rapprochées par exemple. Un meilleur accès à la contraception permettrait aussi de réduire les avortements non médicalisés, à l'origine de 13 % de la mortalité maternelle.

Comment expliquer que la maîtrise de la fécondité puisse être à ce point négligée ? En 2005, les ONG ont difficilement obtenu que l'objectif sur la santé maternelle soit assorti d'une exigence de planification familiale. Mais la gêne à aborder ces questions est encore palpable dans les institutions et sur le terrain.

La faute en revient en partie aux difficultés de financement. Les pays concernés peinent à consacrer 15 % de leurs dépenses publiques à la santé, comme ils s'y étaient engagés en 2001. Et l'aide est insuffisante. "Selon l'Organisation mondiale de la santé et la Banque mondiale, il faudrait dégager 36 milliards de dollars pour se donner les moyens d'atteindre les objectifs en matière de santé maternelle, quand l'aide internationale, publique et privée, est de 20 milliards de dollars", pointe Julien Potet, d'Oxfam France.

Cette situation est notamment le fruit de réticences d'ordre moral et politique. L'administration Obama, qui a débloqué 12 millions de dollars pour la promotion de la contraception en Afrique et en Asie, a certes rompu avec les années Bush, quand tout financement aux organisations pratiquant ou facilitant l'avortement était interdit. Mais, aujourd'hui encore, le gouvernement canadien de Stephen Harper maintient cette ligne conservatrice.

"L'approche planning familial n'est pas très bien perçue, les politiques coercitives de contraception menées en Inde puis en Chine ayant joué contre le sujet, explique Catherine Giboin, de Médecins du monde. Aujourd'hui, on reprend cette question non plus sous l'angle du contrôle de la démographie, mais du point de vue du droit des femmes." Au Niger, où l'ONG participe à un programme mis en place en 2007 par l'Union européenne, l'accès à la contraception n'est abordé que par le biais de "l'espacement des naissances", une notion acceptée par l'islam, quand celle de la limitation des naissances est proscrite, explique le docteur Joël Le Corre, chargé de mission de Médecins du monde dans ce pays.

Avec 7,1 enfants par femme, le Niger, où 60 % des jeunes femmes ont un enfant avant l'âge de 19 ans, affiche le taux de fécondité le plus élevé au monde. La gratuité des soins aux femmes enceintes et de l'accès à la contraception, décidée par le gouvernement nigérien, et le soutien des imams ont permis au programme auquel contribue Médecins du monde dans la région de Tahaoua d'obtenir des résultats tangibles. "Le taux de prévalence de la contraception est passé de 8 % à 14 %", indique M. Le Corre.

Avec un taux d'accès à la contraception situé entre 5 % et 10 %, quand il oscille entre 60 % et 90 % en Asie et en Amérique latine, l'Afrique noire cependant est loin du compte. "Une croissance de 2,5 % à 3 % du taux de fécondité, ce qui est aujourd'hui le cas dans une quinzaine de pays d'Afrique subsaharienne, est insoutenable et condamne l'Afrique à l'aide extérieure", assure Jean-Pierre Guegan, de l'Institut de recherche pour le développement (IRD), l'un des rares démographes à oser enfourcher le cheval de bataille de la planification familiale en Afrique subsaharienne.

Si la baisse - lente mais réelle - de la fécondité observée ces dernières années dans cette région du monde se poursuit mais ne s'accélère pas, "l'hypothèse haute des Nations unies d'un nombre moyen de trois enfants par femme en 2050, qui conduit à 2 milliards d'habitants, pourrait se révéler trop basse, et la population de l'Afrique subsaharienne pourrait encore doubler entre 2050 et 2100 et dépasser alors les 4 milliards", affirme M. Guegan.

Autant d'arguments qui plaident en faveur de la planification familiale, le plus essentiel étant sans doute que les femmes africaines ont, elles aussi, droit à la maîtrise de leur propre fécondité.

Bataille diplomatique autour des espèces menacées


Rarement conférence des parties de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore menacées d'extinction (Cites) aura autant fait parler d'elle. Ce coup de projecteur tient, pour beaucoup, à la focalisation sur le thon rouge, espèce convoitée et surpêchée dont le sort fait l'objet d'une intense bataille diplomatique. Son commerce pourrait être suspendu à l'occasion de cette réunion, qui se tient à Doha (Qatar) du samedi 13 au jeudi 25 mars.

L'année internationale de la biodiversité, décrétée par les Nations unies en 2010, renforce encore l'intérêt pour la conférence. Plus d'un tiers des espèces sauvages recensées par l'Union mondiale pour la conservation de la nature (UICN) est menacé d'extinction. La communauté internationale s'est engagée à stopper la destruction d'écosystèmes indispensables à l'homme, sans succès jusqu'à maintenant. Or la Cites est un des rares outils multilatéraux de protection de la nature ayant démontré son efficacité. A tel point qu'elle apparaît de plus en plus comme un recours.

L'objectif de la convention, adoptée en 1973, est de s'assurer que le commerce international d'espèces sauvages, qui génère des milliards de dollars de recettes chaque année et porte sur plus de 350 millions de spécimens, ne menace par leur survie. "Chaque jour, nous consommons de la biodiversité pour notre alimentation, notre mobilier, nos cosmétiques, nos vêtements, nos bijoux, nos objets d'art, notre pharmacie, souligne Juan Vasquez, porte-parole du secrétariat de la Cites. La nature est une ressource renouvelable si on la gère bien, mais si on dépasse les limites, on provoque des extinctions."

Pour endiguer le phénomène, chacun des 175 Etats parties de la Cites peut, tous les trois ans, proposer d'intégrer une ou plusieurs espèces à l'une des annexes de la convention. L'annexe I est réservée aux animaux et végétaux menacés de disparition imminente. Si la proposition est votée à la majorité des deux tiers, le commerce international en est interdit. Les espèces surexploitées, sans être en danger critique, sont proposées à l'annexe II. Leur commerce est autorisé, mais les Etats doivent fournir des certificats garantissant qu'elles ont été prélevées légalement et qu'elles ne sont pas surexploitées.

Quelque 33 000 espèces sont aujourd'hui classées, dont moins d'un millier à l'annexe I, qui inclut grands singes, éléphants, guépards, tigres, tortues, oiseaux de proie, crocodiles, cactées, orchidées... Le système a fait ses preuves. L'interdiction du commerce international de l'ivoire, en 1989, a été un moment historique pour la Cites. Sans cette convention, il n'y aurait sans doute plus à la surface du globe ni éléphants, ni tigres, ni rhinocéros, ni tortues marines...

"OUTIL LE PLUS PUISSANT"

"C'est l'outil le plus puissant pour protéger la biodiversité, commente Lucien Chabason, directeur délégué de l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). D'abord parce que la Cites utilise l'arme commerciale. Ensuite parce qu'elle fonctionne à la majorité et non à l'unanimité. Un Etat ne peut donc bloquer une décision. Enfin, elle a su assurer la mise en oeuvre de ses décisions, grâce à la mobilisation des services douaniers dans les ports et les aéroports."

"Contrairement à la Convention sur la diversité biologique de 1992, qui fixe des objectifs généraux et fait appel au volontariat des Etats, sans réel débouché, la Cites prend des décisions concrètes qu'elle fait appliquer", renchérit Sébastien Moncorps, directeur du comité français de l'UICN. Si un Etat n'applique pas correctement une décision, il peut être sanctionné par une interdiction totale du commerce des espèces listées.

En raison de cette efficacité, le champ couvert par la Cites grandit. Historiquement centrée sur les animaux et plantes emblématiques, elle s'étend aujourd'hui à des espèces exploitées commercialement à grande échelle, comme les espèces marines et certaines essences de bois, que d'autres systèmes de contrôle ont échoué à protéger. Dans le cas du thon rouge, c'est l'incapacité de la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique (ICCAT), gérée par les Etats pêcheurs, à préserver la ressource qui a poussé certains Etats à se tourner vers la Cites. Résultat : des intérêts économiques de plus en plus puissants entrent en scène, et le jeu diplomatique se tend.

Ce bilan positif ne doit pas occulter plusieurs limites. Les Etats peuvent, en émettant une "réserve", ne pas appliquer une décision - même s'il leur faut alors assumer les risques politiques d'une telle décision, notamment une pression accrue des écologistes. De plus, la Cites ne réglemente pas le commerce intérieur, qui est aussi une cause majeure d'extinction.

Surtout, en l'absence de moyens propres, son application sur le terrain repose sur l'engagement des Etats à faire appliquer les contrôles et à lutter contre le braconnage, qui reste une menace considérable. Ces carences expliquent pourquoi le tigre d'Asie ou le rhinocéros, entre autres, sont toujours menacés, malgré leur inscription à l'annexe I.

Enfin, la Cites est loin de couvrir les multiples causes de l'érosion de la biodiversité. "Elle ne traite ni la réduction des habitats, ni l'introduction d'espèces invasives, ni la pollution, ni le réchauffement climatique, explique Colman O'Criodain, du Fonds mondial pour la nature (WWF). Ce n'est pas son rôle."

"La Cites fonctionne bien aussi parce qu'elle porte sur un objet limité", observe M. Chabason, pour qui ses succès réels "ne doivent pas faire écran à l'ampleur de la régression du vivant, qui demande une mobilisation générale".

Des bateaux pour mémoire


C'est l'histoire d'un jeune lieutenant de marine, François-Edmond Pâris, élevé à la rigueur de l'école navale, adolescent brillant, doué en mathématiques, mais qui n'aimait ni les jeux de cartes ni les ambiances enivrées des tavernes. Aux escales, il préférait en toute quiétude s'adonner à la passion de sa vie : le dessin, un talent hérité de sa mère, une fille d'armateur brestois, un peu artiste. Son oeil de marin fit le reste. Il décida d'immortaliser les bateaux qu'il découvrait au fil de ses voyages en mer, intrigué par leur forme, leur matériau et leur usage. Son coup de pinceau fit des miracles et une oeuvre scientifique.

Depuis le 10 mars (et jusqu'au 19 septembre), le Musée national de la marine à Paris, rend hommage à cet honnête homme du XIXe siècle avec l'exposition intitulée "Tous les bateaux du monde". Une collection magnifique de dessins, de croquis, de maquettes, d'aquarelles qu'il fallut deux ans pour rassembler, comme l'explique Alain Niderlinder, conservateur-adjoint au Musée de la marine.

Ce trésor patrimonial fait de l'amiral Pâris, né en 1806 et mort en 1893, le fondateur de l'ethnographie nautique. L'ouvrage qu'il publie en 1843, Essai sur la construction navale des peuples extra-européens, reste une bible pour les scientifiques qui se réclament aujourd'hui de son école. "Pâris aurait pu se contenter de décrire les bateaux d'Arabie, d'Inde, de Chine, de Polynésie, par de simples croquis techniques, explique Eric Rieth, directeur de recherche au CNRS et membre du comité scientifique de l'exposition, mais il perçoit très vite que le bateau est aussi un objet social, en symbiose avec son environnement naturel, économique et culturel. Bref, que le bateau, c'est aussi et surtout des hommes."

Par chance, le militaire qui exigeait que chez lui on parle anglais, afin que ses deux fils, des marins eux aussi, s'ouvrent sur l'ailleurs, sait aussi écrire. Il annote ses dessins, décrit, analyse, compare... "C'est un chercheur de terrain, dans la droite ligne de l'anthropologie sociale, poursuit M. Rieth. Pour lui, les bateaux extra-européens, ceux de ces peuples de "sauvages" ou de "naturels", selon le vocabulaire du XIXe siècle, sont susceptibles d'être des sujets d'histoire au même titre que les édifices civils, militaires et surtout religieux."

Quand il embarque comme hydrographe en 1826 pour sa première circumnavigation de trois ans - il fera deux autres tours du monde - à bord de l'Astrolabe, le jeune officier de marine est remarqué par son commandant, Dumont d'Urville, qui l'encourage à dessiner. La mission s'inscrit encore dans l'esprit des voyages d'exploration du XVIIIe siècle, même s'il s'agit aussi d'aller agiter le pavillon français le long des côtes d'Afrique et d'Asie. C'est lors de cette expédition que le projet scientifique de Pâris commence à prendre forme. L'ethnocentrisme le rebute. Cet humaniste sent le besoin d'éclairer et de transmettre : "Notre époque de progrès sera peut-être accusée plus tard d'avoir été égoïste et d'avoir laissé perdre ce qui ne servait pas à ses plaisirs ou à son utilité directe", écrira-t-il. Certains lui reprocheront de ne pas avoir pu totalement se détacher de la pensée - et de la conquête - coloniale de l'époque, cédant pour les Africains, qu'il n'aime pas, aux clichés de l'anthropologie raciale. Mais son empathie pour les autres populations autochtones est réelle.

Un événement le marque particulièrement. Admirateur de James Cook, le célèbre explorateur britannique du XVIIIe siècle, il a dévoré ses récits de voyage en Polynésie et ses descriptions des pirogues des chefs tahitiens, notamment celle du roi O-Too, d'une architecture très sophistiquée. Un bâtiment de guerre entièrement cousu à la main, de plus de 30 mètres de long, propulsé par 144 pagayeurs. Quand il débarque à Papeete en 1839, lors de son troisième tour du monde à bord de l'Artémise, une frégate commandée par Laplace, il n'en retrouve aucune trace. Beaucoup de villages sont déserts, les hangars sont vides... "Cette pirogue était exceptionnelle, raconte Hélène Guiot, ethno-archéologue, rattachée à l'unité mixte de recherche (UMR) d'Archéologies et sciences de l'antiquité (ArScAn). Mais comme beaucoup d'autres, sa destruction a été ordonnée par les missionnaires catholiques et protestants, obsédés par l'éradication des objets associés aux rituels paganistes. Les idoles devaient être brûlées."

La scientifique raconte les offrandes consacrées à tous les dieux tutélaires, protecteurs de l'embarcation. Les esprits des charpentiers de marine, par exemple, pour les remercier du choix des bois, souple pour les traverses, dense pour l'étrave. Elle décrit comment les déportations et les interdictions de voyager - pour mieux surveiller les populations à convertir - ont conduit à la perte de la connaissance du ciel et de ses étoiles, donc de la navigation.

Lors de l'escale polynésienne, Pâris comprend, pour reprendre les mots du navigateur Titouan Lamazou, préfacier de l'ouvrage consacré à l'exposition (Tous les bateaux du monde, éditions Chasse-marée-Glénat, 208 p., 39 euros), que "ses craintes sur la désinvolture de notre civilisation de progrès sont fondées". Dès son retour en France, il poursuit l'écriture de son Essai. Il le fait avec d'autant plus d'empressement que l'état-major de la marine, également impressionné par l'excellence de sa formation d'ingénieur, lui confie la mission de développer la propulsion à vapeur, ce qui lui vaudra le surnom "d'Amiral des mécaniciens". L'univers de la voile est définitivement menacé. Les clippers vont bientôt céder la place aux cargos. Quand il quitte le service actif en 1871 pour devenir conservateur du Musée naval du palais du Louvre, il met la dernière main à son oeuvre. Et fait réaliser à partir de ses observations, des dizaines de maquettes, du boutre arabe au chelingue de Pondichéry. La mémoire de la mer est préservée.
 
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