samedi 3 avril 2010

Espèces menacées : "L'histoire du thon rouge a créé un précédent"


Comment réagissez-vous au fait que le thon rouge ne soit finalement pas entré dans le classement de la Cites (Convention sur le commerce international des espèces sauvages) interdisant son commerce ?

C'est très préoccupant pour l'avenir du thon rouge. On a donné raison au business. D'un point de vue géopolitique, bien sûr, le lobbying du Japon a été redoutable. Il a finalement fédéré les pays en voie de développement grâce à un argument économique, sous-entendant par exemple que cela pourrait entraîner d'autres interdictions de pêche. De plus, à cause de la polémique sur la pêche baleinière, le Japon préfère fermer les portes pour que les protections ne soient pas étendues. Cependant, il est un peu facile de stigmatiser le Japon. Ce pays n'est pas le seul et unique responsable.

Comment les pays de l'Union européenne et les Etats-Unis ont-ils pris position ?

Les Etats membres ont pris position la veille de la consultation de la Cites, les Etats-Unis quinze jours avant. Ils n'étaient pas au point sur ce dossier. Ils ont affiché leur soutien mais ne se sont pas donné les moyens de le faire. C'est donc à l'Iccat (la Commission internationale pour la conservation des thonidés), qui réunit une cinquantaine de pays pêcheurs, qu'échoit la responsabilité de cette population.

Qu'en est-il des autres espèces, notamment des requins, que la Cites n'a fait entrer dans aucune des trois annexes ?

Seul le requin-taupe [une espèce proche du requin blanc] est entré dans l'annexe II de la Cites, c'est-à-dire que son commerce est autorisé mais contrôlé. Il aurait fallu en vérité le faire entrer dans l'annexe I [interdiction totale du commerce], mais là encore c'est le business contre la protection. Les prédateurs sont très menacés. Par exemple pour le requin renard à gros yeux, au nom de la préservation économique de deux villages, le Mexique a empêché des mesures imposant le quota zéro pêche.

Le requin-marteau [que La Cites n'a pas fait entrer dans son classement] est également très menacé. Il est notamment pêché abondamment et illégalement dans les eaux du Costa-Rica, servant les trafiquants d'ailerons. Même danger pour tous les requins de profondeur, il n'y a pas de durabilité possible à ce rythme de pêche. En 2006, on avait déjà demandé un moratoire sur les pêches profondes. Et l'annexe II, même si c'est un encadrement, est utopique ; comment contrôler la provenance des poissons ? Leur faire un test ADN ?

Finalement la Cites fait-elle avancer les choses ?

Oui, car dans un sens, il y aura un avant et un après Cites. L'histoire du thon rouge a créé un précédent. Quand en janvier la situation s'était durcie, le comité de pêche ne voulait même plus discuter avec les ONG. Aujourd'hui nous sommes écoutés, les choses ont véritablement bougé et on peut dire que les ONG ont une présence dans le dialogue. L'UE, qui avait toujours défendu les quotas les plus élevés, a finalement pris position – un peu tard – pour l'interdiction.

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