samedi 20 mars 2010

Maigrir pour ne pas mourir

Risquées, les interventions bariatriques? Oui. Mais moins que l'obésité morbide, la forme d'embonpoint qui augmente le plus rapidement au Canada.

Louis Audet déplie triomphalement son vieux jean de taille 56. Gigantesque, le vêtement flotte comme un drapeau dans le vent d’automne. Pour le gestionnaire des ventes de 40 ans, ce vêtement est la preuve tangible de sa victoire sur l’obésité. Car il faut savoir que cet homme à l’allure juvénile a déjà pesé 155 kilos (340 lb). Aujourd’hui, avec 65 kilos de moins, il pourrait se glisser dans une seule jambe de l’immense pantalon. «Sans la chirurgie, une telle perte de poids n’aurait jamais été possible», dit-il.

Pour maigrir, il avait tout essayé, les régimes comme les programmes d’exercices. Enfant, il était sportif, et pourtant, c’était lui, le gros de la classe. Il a aussi pratiqué le judo, jusqu’au jour où, alors qu’il exécutait un mouvement brusque, un de ses orteils a cédé sous son poids. À 113 kilos (250 lb), il était devenu trop lourd pour être judoka. «Mes articulations étaient en train de lâcher, dit-il. À 30 ans, je souffrais déjà de douleurs au dos, aux genoux et aux pieds.» Alors, tout comme son père, sa sœur et sa femme avant lui, il a fait appel au scalpel.

Car l’obésité est souvent une affaire de famille. Une cinquantaine de gènes y contribuent, dont plusieurs sont liés à la satiété. Les habitudes alimentaires, transmises par les parents, comptent aussi. Le père de Louis pesait 171 kilos; sa sœur, 109. Quant à sa femme, elle en pesait 122. Aujourd’hui, ses deux filles, des jumelles de 14 ans, luttent à leur tour contre l’obésité.

Contrairement à la croyance populaire, perdre du poids n’est pas qu’une question de volonté. «Le corps est conçu pour résister à la famine, explique le Dr Simon Biron, le chirurgien qui a opéré Louis. Voilà pourquoi maigrir est une entreprise difficile.»

On définit l’obésité à partir d’un indice de masse corporelle (IMC) de 30. Cet indice est établi en divisant le poids en kilos par le carré de la taille (hauteur) en mètres. À partir d’un IMC de 40, on parle d’obésité morbide, parce qu’elle entraîne dans son sillage des maladies comme le diabète, l’hypertension, les troubles cardiaques et certains cancers. L’Organisation mondiale de la santé reconnaît que la chirurgie bariatrique (du grec baros: poids) est le traitement le plus efficace pour les gens qui en sont atteints.

Les opérations de chirurgie bariatrique sont de trois types. Certaines réduisent le volume de l’estomac, pour diminuer la capacité de manger du patient. D’autres visent plutôt à limiter l’absorption des gras. Enfin, certaines interventions combinent les deux approches.

Louis Audet, sa sœur et sa femme ont subi une intervention mixte appelée «dérivation biliopancréatique avec gastrectomie pariétale et commutation duodénale». Un nom compliqué pour une technique mise au point, il y a 15 ans, par les Drs Simon Biron et Picard Marceau, de l’Hôpital Laval, à Québec.

On rapetisse d’abord l’estomac, pour provoquer une sensation de satiété plus précoce. Ensuite, on raccourcit l’intestin grêle des deux tiers. Puis, sur le dernier mètre de cette portion écourtée, on dérive le liquide biliopancréatique. Résultat: les aliments séjourneront moins longtemps dans l’intestin grêle, qui ainsi n’aura pas le temps d’absorber les graisses. Dans les 18 mois qui suivent l’opération, le patient perd en moyenne 75% de son excès de poids.

Cette intervention comporte des effets secondaires importants. Comme le fonctionnement du système digestif est altéré, certains patients se plaignent de diarrhées ou de selles nauséabondes. Ensuite, l’organisme ne peut plus assimiler les vitamines et les minéraux solubles dans les graisses. Le patient devra prendre des suppléments vitaminiques toute sa vie, de même que du fer et du calcium. Malgré tout, certaines carences peuvent se manifester. Ainsi, la femme de Louis est passée de la taille 26 à la taille 12, mais elle souffre d’ostéoporose et se sent fatiguée.

Enfin, selon l’Agence québécoise d’évaluation des technologies et des modes d’intervention en santé (AETMIS), le taux de mortalité associé à cette opération oscille entre 1% et 4%, ce qui est relativement élevé. «Mais l’obésité morbide multiplie par trois vos chances de mourir prématurément», rétorque Paul Boisvert, de la Chaire de recherche Merck Frosst – IRSC sur l’obésité.

Les six chirurgiens de l’Hôpital Laval ne pratiquent que la dérivation biliopancréatique. À l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal, on propose aussi d’autres interventions, comme la pose d’une bande gastrique, pour réduire le volume de l’estomac. Cette technique, pratiquée par laparoscopie, présente peu de complications. Mais si le patient se nourrit mal, il recommencera à grossir, en dépit du fait que son estomac soit plus petit.

Selon l’AETMIS, les approches chirurgicales mixtes, comme la dérivation biliopancréatique, seraient les plus efficaces à long terme. Une revue de 136 études, menée en 2004 aux États-Unis, arrive aux mêmes conclusions. Le fait que l’intestin n’absorbe presque plus les graisses serait un avantage, car même si le patient déroge à son régime, les écarts ont moins de conséquences sur son poids.

Une autre explication possible, c’est que cette intervention stimulerait la production d’hormones de satiété. En effet, certaines de ces hormones coupe-faim sont sécrétées par la dernière partie de l’intestin grêle et par le côlon. «Comme l’intestin grêle a été raccourci, bien des aliments qui parviennent au côlon ne sont que partiellement digérés, explique Denis Richard, titulaire de la Chaire de recherche Merck Frosst – IRSC sur l’obésité. Un phénomène “anormal” qui incite les hormones à envoyer au cerveau le signal de cesser de manger.»

Par ailleurs, tous les experts s’entendent sur un point: même si elle demeure un traitement de dernier recours, la chirurgie bariatrique sera de plus en plus utilisée. «Durant les 25 dernières années, le nombre de personnes obèses a augmenté de 50%, explique Paul Boisvert, de la Chaire de recherche sur l’obésité. Mais parmi elles, le groupe qui a progressé le plus rapidement est celui des obèses morbides, dont le nombre a triplé.» Or, ce sont ces gens, justement, qui sont des candidats à la chirurgie.

D’ailleurs, au ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, un groupe d’experts se penche sur la façon de rendre la chirurgie bariatrique accessible à un plus grand nombre de personnes. Ce type d’intervention coûte cher, mais les maladies liées aux problèmes de poids aussi. L’obésité a entraîné au Québec des dépenses de 700 millions de dollars en 1999-2000. Un plan d’action devrait donc être déposé en mai 2007; l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal, l’Hôpital Laval de Québec et l’Hôpital Royal Victoria de Montréal feront partie des centres agréés pour la chirurgie bariatrique.

«Il m’arrive encore d’être surpris par mon reflet dans le miroir, se réjouit Louis Audet. C’est moi, ça, le gars qui faisait rire de lui à l’école? J’ai recommencé à faire du sport et à organiser des activités avec mes filles. Je ne suis plus essoufflé et je peux enfin m’habiller comme tout le monde...»

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